Les Papes

En général on parle très peu des papes, tout au plus de celui qui vient de décéder, du nouvel élu ou du régnant, mais de façon très générique. On en parle plus pendant un Conclave…

Comme en Italie on dit «toutes les morts de pape» pour dire rarement. Il faut reconnaître que nous savons très peu sur ce monde extraordinaire qu'est la Papauté, et que le peu que nous savons, nous le connaissons très mal, tout en donnant nos opinions d'experts.

Sur la base de sources historiques fiables, les éléments traités ici peuvent être utiles à ceux qui désirent approfondir leurs connaissances sur le sujet.

Nom et nationalité des papes Saints et bienheureux Chronologie pontificale  La Papauté Les antipapes

Sylvestre II, premier pape français (999-1003)

Saint Irénée, évêque de Lyon

Chronologie pontificale

Indépendamment de son profil dogmatique religieux, la Papauté représente une institution unique dans l'histoire, que ce soit du fait de son existence bi-millénaire, ou de son importance déterminante dans tous les domaines du développement culturel de l'Occident.

De sérieuses recherches historiques ont été menées depuis des siècles pour établir la chronologie exacte des papes, mais malgré tout cela, nous en savons encore très peu sur les premiers pontificats.

Traditionnellement, pendant des siècles, on considéra que Pierre avait été martyrisé en l'an 67, et que par conséquent Lin lui aurait succédé cette année-là ou la suivante. Cependant, aujourd'hui nous pouvons affirmer que Petrus fut martyrisé en l'an 64 (voir Pierre est ici), donc le pontificat de Lin pourrait avoir commencé deux ou trois ans avant la date traditionnellement admise.

Les premières sources

L’étude de la chronologie papale de la période paléochrétienne est basée sur les écrits de saint Irénée (évêque de Lyon au 2e siècle), qui nous donne des informations sur les 12 premiers « papes » immédiatement après saint Pierre, depuis Lin (67-76) jusqu’à Eleuthère (175-189). Il cite des faits importants se rapportant à chacun d’entre eux, mais ne mentionne pas la durée exacte de leurs pontificats.

L’ordre successif, documenté par Irénée, a été vérifié et confirmé grâce à une investigation approfondie, mais aucun historien sérieux n’assumerait la responsabilité de garantir la chronologie exacte de ces pontificats.

A partir des chroniques de saint Irénée, l’historien Eusèbe nous lègue un catalogue dans lequel figure le nombre d’années des 29 premiers pontificats, jusqu’au pape Marcelin (296-304). Ensuite, dans un écrit anonyme de l’an 354, connu comme Chronographe, sont documentés des faits et des actes qui nous conduisent jusqu’au pape Libère (352-66).

A ce Catalogue, appelé aussi Libérien, s’ajoute la liste rédigée par saint Jérôme, qui se termine par le pape Damase (366-384) et, enfin, le Liber Pontificalis, qui se base sur le Chronographe (ou Libérien) et se termine à la fin du Moyen-Âge avec le pape Martin V (1417-1431).

Le Vatican admet officiellement qu’on connaît l’exacte succession des papes jusqu’au début du 3e siècle, mais il ne peut pas confirmer la durée de leurs pontificats. Entre le 3e et le 11e siècle (années 200 à 1000) de nombreuses dates exactes ont pu être vérifiées (jour, mois et année de début et de fin des pontificats), mais beaucoup d’autres naviguent encore à la dérive de l’ignorance, et il est fort possible qu’elles n’arrivent jamais à bon port. A partir de la fin du 11e siècle, les sources historiques ont été de plus en plus solides, jusqu’à ne laisser aucune place au doute depuis la fin du Quattrocento (années 1400).

Pierre (1er)

Benoît IX
(145e - 147e - 150e)

François (266e)

De Pierre à François on compte 266 pontificats, mais les souverains pontifes sont au nombre de 264. La différence est due à un fait absolument exceptionnel dans l’histoire de la Papauté. Pendant la longue période au cours de laquelle l’Église était entre les mains (et non au service) du pouvoir politique couronné, Benoît IX fut élu trois fois : années 1032, 1045 et 1047.

Noms des papes

La coutume d’utiliser un « pseudonyme » n’est pas commune à toute l’histoire pontificale. Certains historiens soutiennent que le premier pape à choisir un nom différent du sien avait été Jean II (4e siècle), mais des études postérieures affirment à l’unanimité que le premier à le faire fut Jean XII, au 10e siècle (955-64).

Cette curieuse pratique, qui ne répond à aucune cause dogmatique ou religieuse, apparut à une période réellement chaotique de l’histoire de la Papauté. Le « pontife » qui adopta cette mode du pseudonyme n’avait que 18 ans lorsque son père -le puissant Albéric II, seigneur de Rome- le plaça sur le trône de Pierre, indépendamment et contre tout principe religieux. On suppose que ce jeune homme a choisi le nom de Jean par admiration pour son oncle Jean XI qui, un demi-siècle plus tôt, avait été élu « pontife » dans les mêmes circonstances, alors qu’il n’était âgé que de 20 ans.

Le précédent était créé, et il s’ouvrait la possibilité de choisir un « pseudonyme » pontifical. Cependant la coutume ne fut pas prise tout de suite. Au début du 11e siècle apparut un moine bénédictin romain qui, lorsqu’il fut élu officiellement pontife, profita pleinement de la possibilité de changer de nom. On ne sait pas si c’était son nom ou un surnom burlesque, mais il était connu comme Bucca Porca ou Boccadiporco (Bouche de porc). Son père et lui s’appelaient Pierre, nom qu’il ne pouvait pas utiliser parce que réservé exclusivement à l’apôtre, le premier pape.

En effet, sur les 264 papes, seul l’apôtre porte ce nom qui, dit en passant, est aussi un surnom. Ce qui est sûr c’est que le pauvre Pedro Boca de Puerco a choisi de passer à l’histoire sous le nom de Serge IV.

A partir d’alors (année 1012), à part deux exceptions -Adrien VI et Marcel II- tous les papes utilisèrent un « pseudonyme », reconnu comme nom papal ou pontifical.

Les noms pontificaux les plus communs sont : Jean (23), Grégoire (16), Benoît et Clément (14), Innocent et Léon (13) et Pie (12).

Des 81 noms de papes (sur un total de 264 pontifes), un seul est composé : Jean-Paul.

Pape Jean Ier

La nationalité

Dans les premiers temps du christianisme, les évêques de Rome (papes) étaient grecs, romains, palestiniens, syriens et même africains –blancs nés dans les colonies romaines.

Jusqu’en 2015, le trône de Pierre fut occupé par des clercs dont les origines totalisent une quinzaine de nationalités. 80% des pontificats (212) correspondent à des clercs italiens, suivent les français avec 6,4% -y compris les 9 de l’« Exil » en Avignon-, puis les grecs avec 5,3%. Les 8,3% restants sont composés de syriens (5), d’espagnols, d’allemands et d’africains (3 de chaque), de dalmates (2), et de ceux qui complètent la liste avec un seul pontificat : un autrichien, portugais, palestinien, anglais, hollandais, argentin et polonais -avec Jean-Paul II, le pape qui, la nuit de Noël de l’année 1999, referma le 20e siècle et entra de la main de l’Église par la Porte Sainte dans le Troisième Millénaire.

Dans la lettre adressée à Smyrne (Asie Mineure) au début du 2e siècle, Ignace d’Antioche dit : «  Là où est le Christ, se trouve l’Église Catholique ». C’est le premier document dans lequel apparaît l’expression « catholique », qui en grec signifie « universel ». Deux siècles plus tard, en l’an 313, cette même Église entre dans un processus d’universalisation en étant officiellement admise par l’empire romain. A partir de l’an 380, l’empereur Théodose lui accorde le rang de religion d’Etat (impérial).

Pape Jean XXIII

Pape Innocent V

Parmi les bienheureux se trouve le français Pierre de Tarentaise, Innocent V (1276) qui n’occupa le trône de Pierre que pendant 5 mois. Il fut le premier pape dominicain et ami de Saint Thomas d’Aquin. Il écrivit des traités de philosophie, de théologie et de droit canonique ; on le surnommait le « docteur famossisimus ». Il conserva de bonnes relations avec Charles d’Anjou, tout en sachant défendre ses propres principes religieux. Il fut béatifié à la demande du peuple romain, et enseveli en toute solennité dans l’Archibasilique du Latran.

Saints et bienheureux

Les livres liturgiques et hagiographiques de l’Église romaine considèrent comme saints les 54 premiers papes, de Pierre à Félix IV, entre l’an 64 et l’an 530. Une grande différence est à signaler : les 31 premiers furent martyrisés, les 23 autres gouvernèrent à partir de l’Edit de Milan (313), par lequel l’empereur Constantin accordait la Liberté de Culte, avec des avantages particuliers pour les chrétiens.

On peut dire que les 31 premiers étaient les chrétiens authentiques, et que, à partir de Miltiade -le premier non martyrisé- commença peu à peu les énormes problèmes entre les authentiques catholiques et les usurpateurs impériaux, jusqu’au début du 19e siècle (1806) avec la chute du Saint Empire Romain Germanique.

Sur la totalité des 266 pontificats, 78 papes ont été canonisés et 9 ont été béatifiés.

Un mot : deux sens

Le terme « antipape » entre dans la langue italienne aux derniers siècles du Moyen-Âge. A partir du 5e siècle de nombreux synonymes latins furent trouvés pour se référer à cette singulière figure politique : Invasor Sedis, scismaticus, apostaticus, antichristus, intrusus, competitor, pseudopapa, adulterinus papa... et beaucoup d’autres.

Malgré l’utilisation du même terme « antipape », il y a une grande différence entre un antipape dogmatique et un antipape politique. Le dogmatique -deux seuls historiquement confirmés- est un clerc de haut rang reconnu par la communauté, qui manifeste un profond désaccord dogmatique avec l’évêque régnant, le pape. Le politique est un membre du clergé, corrompu par des pouvoirs externes à l’Église, qui s’oppose au pape légitime avec l’intention de le destituer, ou bien de gouverner au nom de l’Église sans qu’il soit nécessaire de destituer son représentant officiel. Il y a eu des cas d’antipapes laïcs.

Le pouvoir à tout prix

Ces envahisseurs de la Sedis Apostolicæ s’imposèrent à la papauté pendant une période de dix siècles (366-1449), avec une moyenne de plus de 3 antipapes par siècle, atteignant un « record » absolu en un seul siècle (1080 à 1180) avec 12 antipapes, 4 d’entre eux sous le pontificat d’Alexandre III.

Avec les prétentions démesurées du roi français Philippe IV le Bel, le problème s’aggrava au début du 14e siècle, et aboutit à la théâtrale obstination de la Curie française (assujettie à la couronne) de refuser de retourner de la provinciale Avignon à Rome. L’antipape français Clément VII (1378) débuta le Schisme d’Occident ; 7 antipapes lui succédèrent, jusqu’à arriver à l’absurde « couronnement » d’un antipape par un autre antipape.

Le premier « antipape » fut sanctifié

Au début du 3e siècle, le clerc grec Hyppolite considéra que le pape Zéphirin et son diacre Calixte étaient responsables d’erreurs doctrinales. A la mort de Zéphirin (217), Calixte fut élu évêque de la communauté de Rome (pape), mais les partisans d’Hyppolite refusèrent son autorité.

Hyppolite fut l’un des grands maîtres érudits de l’antiquité. Il maintint son opposition doctrinale pendant trois pontificats et fut antipape de Calixte Ier, d’Urbain Ier et de Pontien.

Sur ordre impérial, en l’an 235 Hyppolite et le pape Pontien furent déportés en Sardaigne.

Peu avant sa mort en exil, Hyppolite se réconcilia avec l’autorité ecclésiale. Le pape Pontien mourut en même temps que lui. Les chrétiens transportèrent à Rome les restes des deux « pontifes ». Pontien fut enterré dans la Crypte des Papes, dans les Catacombes de Saint Calixte et Hyppolite, dans un hypogée de la via Tiburtina.

Même si les historiens le classèrent comme antipape, l’Église conféra à Hyppolite le titre de saint martyr, du fait de sa cohérence doctrinale, de son érudition et son comportement irréprochable qui avait consisté à accepter sa condamnation en qualité de chrétien, ce qui était à l’origine de sa mort.

Le deuxième antipape fut Novatien, qui pour des raisons de dogme s’opposa au pape Cornelius, ce qui provoqua le premier Schisme de l’Église. Novatien fut presbytre à Rome, étant considéré parmi les fondateurs de la théologie romaine. Il mourut à Civitavecchia (près de Rome), victime des persécutions anti-chrétiennes, sous l’empereur Valérien (258), pour ne pas avoir sacrifié aux dieux païens.

Le troisième cas (supposé) est celui d’un évêque romain qui, lors de la déportation du pape officiel Libère, occupa le trône de Pierre sous le nom de Félix II. Il existe beaucoup d’incertitude à son sujet (année 356) et on suppose qu’il y a une confusion entre cet « antipape » Félix II et un saint romain homonyme.

Même si Félix II figure dans les « médaillons des papes » de la basilique Saint-Paul hors les murs, l’Église le considère comme antipape. Son cas représentant un doute historique, il n’y aurait donc finalement que deux évêques ou grands prélats qui se seraient fortement opposés à l’autorité papale.

Tous les autres antipapes postérieurs ont été le fruit des pouvoirs politiques.

Le dernier antipape fut Félix V (1439) imposé par l’anti-concile de Bâle (1439), mais il abdiqua le 7 avril 1449 et se mit aux ordres du pape Nicolas V.

Antipape Hyppolite

Prototype d’antipape

La lamentable histoire de l’antipape Constantin II (8e siècle) est intéressante pour comprendre la nature d'un « antipape ». Le Duc de Nepi, de la province romaine du Latium, avait un jeune frère qui s’appelait Constantin. Le Duc profita de la mort du pape Paul Ier (767) pour provoquer une insurrection armée à Rome et proclamer Pape son jeune frère, qui prit le nom de Constantin II. Comme Constantin était laïc, son frère aîné l’ordonna prêtre sur le champ, avant de le consacrer Pape. Il s’agit là d’un évènement à très haut risque, mais qui n’était pas inhabituel à l’époque. Grâce à cette erreur tactique, un tribunal ecclésiastique réussit à le destituer le 6 août 768, après un an de « pontificat ». Le pouvoir de son frère le Duc de Nepi s’effondra, et le « pape » Constantin II termina sa vie enfermé dans un monastère.

Il n’y a pas de pire sourd…

Selon de nombreux observateurs externes –même laïcs- les antipapes mettent en évidence la corruption de l’Église. Mais la réalité est qu’ils n’arrivent pas à la corrompre et ne font que lui porter préjudice. Ce fut comme cela pendant des siècles. Aucun antipape n’a lutté pour défendre les valeurs de l’Église, mais au contraire ils ont tous utilisé la force que ses valeurs représentent.

Parmi ces opposants on trouve de véritables aventuriers, des bandits, des délinquants et des criminels. Mais la majorité d’entre eux n’ont été que de pauvres pantins au service de factions politiques, alimentées par les puissants rois et empereurs, ou bien par des souverains affaiblis qui essayaient de jouer leur dernière carte, déguisant l’un de leurs sujets serviles avec la soutane et la tiare.

Les observateurs externes –même laïcs- sont nombreux, mais leurs facultés d'observation sont vraiment très faibles ou partisanes...

 

Mise à jour : Juin 2019

 Marcelo Yrurtia

Martine Ruais